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lundi 3 février 2020

« Il faut sortir du sionisme »

Interview de Michel Staszewski par Arnaud Lismond-Mertes, paru dans le n° 101 de Ensemble !, le quadrimestriel du Collectif Solidarité Contre l’Exclusion (décembre 2019), dans le cadre d’un volumineux dossier consacré à la définition de l’antisémitisme prônée par l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA), qu’on peut lire ici :  http://www.asbl-csce.be/journal/Ensemble101.pdf . Les pages auxquelles renvoie cet interview concernent ce dossier.

 La définition de l’IHRA renvoie à l’histoire particulière de l’État d’Israël et du sionisme. Nous avons demandé à Michel Staszewski, historien et membre actif de l’UPJB, de nous aider à appréhender ce contexte.

 Certains exemples d’antisémitisme cités par l’IHRA, qui donnent son contenu à sa définition (lire en p. 9), évoquent comme une apparente évidence la création de l’État d’Israël en tant que réalisation d’un « droit à l’autodétermination » du « peuple juif ». Cela ne peut se comprendre que dans le cadre de l’histoire du mouvement sioniste, qui s’était fixé pour but la création de cet État. Beaucoup considèrent d’ailleurs que l’adoption de cette définition conduit à assimiler « l’antisionisme » à de l’antisémitisme (tout comme le mouvement Boycott – Sanctions – Désinvestissement - BDS). Nicolas Zomersztajn s’est par exemple félicité, dans les pages de la revue du Centre Communautaire Laïc Juif (CCLJ), de l’adoption « d’une définition de l’antisémitisme intégrant enfin l’antisionisme radical. » (1)

 Mais de quoi s’agit-il exactement ? Il semble nécessaire d’en savoir plus si l’on souhaite juger de la pertinence et la portée réelle de la définition de l’IHRA. Pour en avoir une approche plus informée, critique et pédagogique, nous nous sommes tournés vers Michel Staszewski. Historien de formation, il a enseigné pendant plus de quarante ans dans l’enseignement secondaire en Belgique. Membre de l’Union des Progressistes Juifs de Belgique (UPJB), ancien administrateur du MRAX (Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Xénophobie), il s’intéresse, depuis très longtemps, au conflit israélo-palestinien et au sionisme, ainsi qu’aux questions liées aux différentes formes de racisme, dont l’antisémitisme. Il a publié de nombreux articles sur ces différents sujets (2). Au-delà de son expertise, M. Staszewski est également une personne engagée sur ces questions pour laquelle « être antisioniste, c’est lutter pour l’égalité des droits en Palestine-Israël » ou qui estime, plus globalement, que les luttes contre les inégalités et les racismes doivent aller de pair. La manière de lutter contre l’antisémitisme qu’il promeut est dès lors très différente de celle que proposent les adeptes de la définition de l’IHRA. 

Ensemble ! : M. Zomersztajn a écrit, dans la revue du CCLJ, que la définition de l’antisémitisme de l’IHRA « a le mérite de tenir compte des évolutions et des mutations contemporaines de l’antisémitisme » en indiquant que « l’antisionisme a permis pendant trop longtemps de contourner l’interdit sur l’antisémitisme et de se déchaîner librement sur les Juifs. Avec ce texte qui énonce de bons exemples, l’antisionisme est enfin pris en considération » (1). Est-ce un point de vue que vous partagez ? 

Michel Staszewski : Je n’en partage ni la prémisse, ni la conclusion. Je conteste la thèse, à laquelle M. Zomersztajn fait allusion, selon laquelle il existerait un « nouvel antisémitisme » qui serait né au début des années 2000. Les préjugés hostiles aux Juifs qui circulent aujourd’hui n’ont rien de neuf. Pour une part, il s’agit de ceux qui proviennent de l’ancienne doctrine anti-judaïque de l’Eglise catholique, qui qualifiait les Juifs de « peuple déicide » et leur attribuait collectivement la responsabilité de la mort du Christ. Pour une autre part, il s’agit des préjugés antisémites théorisés dans le dernier quart du XIXe siècle, notamment par l’allemand Wilhem Marr, qui a forgé le terme « antisémitisme » dans un contexte où la haine des Juifs (appréhendés comme « sémites ») ne se fondait plus sur une vision religieuse du monde, mais sur des théories pseudo-scientifiques concernant les prétendues « races humaines », les mêmes qui, à cette époque, légitimaient les entreprises coloniales européennes. C’est de cette période que date la création des stéréotypes des Juifs « formant une sous-race », et en même temps tous (ou la plupart) riches, fourbes et fomentant des complots secrets pour établir leur « domination mondiale » à travers le contrôle de l’économie, des gouvernements, des médias, etc. Ce sont toujours ces préjugés-là qui caractérisent l’antisémitisme contemporain. 

Ces anciens préjugés antisémites trouvent aujourd’hui une nouvelle vigueur. Elle s’explique en grande partie par la non-résolution de ce qu’il est convenu de nommer le « conflit israélo-palestinien ». En effet, le mépris constant de l’État d’Israël pour les décisions de l’ONU et pour le droit international, ainsi que l’impunité dont il bénéficie, renforcent le fantasme de la « toute puissance des Juifs»… D’autant qu’Israël prétend être « l’État des Juifs » et qu’en Belgique, comme dans de nombreux pays, il n’est pas rare que des journalistes utilisent eux-mêmes les termes « État juif » ou « État hébreu » pour parler d’Israël. Si l’on veut nommer les choses correctement et ainsi ne pas donner de l’eau au moulin de l’antisémitisme, je pense qu’il est important de récuser ce type d’appellation qui relève de la vision sioniste. Mieux vaut s’en tenir au nom officiel « d’État d’Israël » (faute de mieux car celui-ci est aussi excluant puisque ne se référant qu’aux seuls « israélites », autrement dit aux Juifs ) car, dans cet État (hors territoires occupés), vivent au moins 30 % de non-juifs. Par ailleurs, pour comprendre les enjeux actuels du « conflit », il faut savoir qu’aujourd’hui, sur le territoire de la Palestine historique, entièrement sous la domination israélienne depuis juin 1967, les Juifs sont désormais démographiquement minoritaires. J’ajoute que l’idée, diffusée par la propagande israélienne et sioniste, selon laquelle l’État d’Israël serait « soutenu par l’ensemble des Juifs » nourrit l’antisémitisme en diffusant l’idée que les Juifs seraient tous solidaires des politiques illégales et racistes menées par cet État. C’est encore plus dangereux pour les Juifs dans le contexte où la politique israélienne est sans cesse plus intransigeante, extrémiste et criminelle. D’autant que, pour défendre sa politique (ce qui est de plus en plus difficile par des arguments rationnels) devant l’opinion internationale, l’État d’Israël instrumentalise l’accusation d’antisémitisme pour couper court à toute critique, ce qui amène beaucoup de confusion en la matière. 

Quant à l’idée, avancée par M. Zomersztajn selon laquelle « l’antisionisme a permis (…) de contourner l’interdit sur l’antisémitisme et de se déchaîner librement sur les Juifs », il faut sans doute, pour l’aborder, rappeler ce dont on parle. Le sionisme est une doctrine politique née à la fin du XIXe siècle et dont le but est la création d’un État juif, sur une terre non-européenne, en tant qu’État-refuge pour les Juifs persécutés dans le monde et considérés comme formant un seul peuple. Ce projet a été défini en 1896 par le Juif austro-hongrois Theodor Herzl dans son livre « L'État des Juifs ». On était alors en pleine période coloniale. La Palestine, qui, à cette époque, faisait partie de l’empire Ottoman, ne fut pas initialement le seul lieu envisagé pour la création de cet État. Certains ont songé à l’Ouganda, à Madagascar, à l’Argentine, etc. Vers la fin de la Première guerre mondiale, en 1917, l’empire Ottoman s’est écroulé et, au moment où le Royaume-Uni a pris possession de la Palestine, le mouvement sioniste mondial est parvenu à obtenir de Lord Balfour, ministre des Affaires étrangères britannique,  une déclaration indiquant que son gouvernement envisageait favorablement l’établissement d’un « foyer national pour les Juifs » en Palestine. Ce fut une grande victoire pour le mouvement sioniste, compte-tenu notamment qu’avant l’arrivée des premiers colons juifs sionistes, il y avait moins de 5% de Juifs en Palestine, lesquels parlaient arabe et n’étaient pas sionistes. La colonisation sioniste de la Palestine s’est poursuivie dans ce contexte, avec des freins dus essentiellement à la résistance de la population arabe de Palestine. En 1947, au sortir de la Seconde guerre mondiale et du judéocide nazi, l’assemblée générale de l’ONU a adopté un plan de partage de la Palestine (résolution 181), et ce malgré l’opposition de l’ensemble des États arabes. Puis vint la déclaration d’indépendance unilatérale de l’État d’Israël, en mai 1948, et sa reconnaissance par l’ONU en mai 1949, après qu’Israël ait rapidement gagné la guerre qui l’opposait aux États arabes environnants et ait procédé à un véritable nettoyage ethnique des territoires désormais sous son contrôle (78 % de la Palestine mandataire). Alors que le droit au retour des réfugiés palestiniens a été consacré par l’ONU en décembre 1948 (résolution 194), Israël ne leur a jamais permis de bénéficier de ce droit qu’il avait pourtant initialement promis de respecter dans le cadre de son adhésion à l’ONU. C’est une des raisons pour lesquelles, aujourd’hui, davantage de Palestiniens vivent en exil que sur les terres qui constituaient la Palestine au temps du mandat britannique. Cette colonisation, la création de l’État d’Israël et sa reconnaissance internationale, constituent la grande victoire du mouvement sioniste. Cette issue paraissait initialement très improbable, vu que jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, l’idéologie sioniste était restée minoritaire parmi la population juive européenne, et quasi absente des communautés juives non européennes. A cette époque, la plupart des Juifs religieux étaient antisionistes, tout comme les Juifs du Bund (mouvement ouvrier juif présent dans l’Empire russe) ou les Juifs communistes. D’autres s’étaient engagés dans la voie de l’assimilation dans les pays où elle était possible… Aujourd’hui, plus de septante ans après la création de l’État d’Israël, la majeure partie des Juifs a peu ou prou adhéré à l’idéologie sioniste, même en dehors d’Israël. 

Dès lors que cet État a été créé, cela a-t-il encore un sens de se dire sioniste ou antisioniste ? 

Oui, car la référence à l’idéologie sioniste reste incontournable pour justifier le caractère fondamentalement juif de l’État d’Israël, c’est-à-dire le fait qu’il soit organisé comme un État qui privilégie les Juifs par rapport aux autres habitants, et singulièrement aux Palestiniens, les autochtones. C’est l’idéologie sioniste qui justifie, par exemple, que cet État permette , depuis sa création et jusqu’à aujourd’hui, à n’importe quel Juif du monde - fut-il belge et très critique comme moi -, de s’y établir et de devenir citoyen israélien (en vertu de la « loi du retour »), tandis qu’il refuse ce droit aux Palestiniens exilés ou descendants d’exilés. C’est encore cette idéologie qui justifie la politique d’apartheid actuelle menée par Israël. Cette politique est évidente dans les territoires occupés, où les habitants palestiniens sont soumis à des lois et règlements militaires, tandis que les Juifs qui habitent dans les colonies sont soumis aux lois (civiles) israéliennes. Cette même politique d’apartheid détermine également, dans une moindre mesure, l’organisation politique sur le territoire même d’Israël, où les citoyens israéliens qui ne disposent pas de la nationalité dite « juive » (mais qui sont dits de nationalité « arabe », « druze »…) sont tenus à l’écart et/ou discriminés de fait et de droit dans des dimensions essentielles de leurs existences : l’accès à la propriété de terres, les permis de construire, le droit d’habiter où ils le souhaitent, l’accès aux services publics, à l’enseignement, à des fonctions dirigeantes de l’État et dans les domaines économique, académique, culturel, etc. 

Aujourd’hui, être antisioniste c’est donc lutter pour l’égalité des droits en Palestine-Israël. A mes yeux, c’est un devoir pour les démocrates. Mais un tel point de vue est insupportable pour les sionistes. Qu’ils soient « de gauche » (prêts à des compromis territoriaux avec les Palestiniens) ou « de droite » (refusant tout compromis), les sionistes ont en commun une vision du monde très pessimiste. Ils considèrent que l’antisémitisme ne peut être éradiqué. Il en découle que pour s’en prémunir, une seule solution est possible : les Juifs doivent « se mettre à l’abri » en vivant séparés des non-Juifs, dans un État-forteresse ; ou, au moins, pour ceux d’entre eux qui continuent à vivre en-dehors de l’« État juif », un tel État doit exister pour qu’ils puissent y trouver refuge, au cas où… Ils estiment dès lors qu’ils doivent absolument garantir le maintien d’une majorité juive en Israël, par tous les moyens et quel qu’en soit le prix pour la population non-juive. . Il s’agit selon eux d’une question de vie ou de mort.

Cette vision des relations entre Juifs et non-Juifs permet de comprendre la conviction sincère, exprimée par M. Zomersztajn et partagée par la plupart des sionistes, selon laquelle l’antisionisme n’est qu’une façade derrière laquelle se cachent des antisémites. A leurs yeux, ceux qui remettent en question le caractère sioniste de l’État d’Israël, - c’est-à-dire sa destination prioritaire  aux Juifs, ce qui implique forcément la discrimination de ses citoyens non juifs - veulent la « destruction » de cet État. De là à penser qu’ils souhaitent « renvoyer les Juifs à la mer » ou, pire, les exterminer, il n’y a qu’un pas que beaucoup de sionistes franchissent souvent. 

Tout cela ne résiste pas à un examen rationnel. Presque tous les Palestiniens sont antisionistes, puisqu’ils n’acceptent pas que le pays où ils vivent ou dont ils sont exilés soit devenu l’« État des Juifs », au prix de leur déplacement forcé ou de très fortes discriminations pour ceux qui y sont restés. Cela n’en fait pas des ennemis des Juifs. Parmi les antisionistes, se trouvent également de nombreux Juifs, partisans, comme moi, de la « désionisation » d’Israël, c’est-à-dire de sa transformation en un ou deux États démocratiques, traitant de manière égale tous ses habitants. 

Ceci dit, comme dans l’ensemble de la population, il y a des antisémites parmi ceux qui se proclament antisionistes. L’« antisionisme » d’Alain Soral, Dieudonné et leurs amis sert de masque à leur antisémitisme virulent. Mais c’est loin d’être le cas de la majorité des personnes qui se disent antisionistes. Assimiler de façon générale l’antisionisme et l’antisémitisme, c’est non seulement une imposture intellectuelle, mais cela favorise aussi le développement de l’antisémitisme. J’estime au contraire, qu’il est absolument indispensable, pour lutter contre l’antisémitisme, de distinguer le judaïsme du sionisme, ainsi que l’antisémitisme de l’antisionisme. C’est pour cette raison générale que M. Zomersztajn et moi-même avons des appréciations opposées de la définition de l’antisémitisme prônée par l’IHRA, et en particulier des exemples qu’elle donne liés au conflit israélo-palestinien. Il considère l’adoption d’une telle définition, avec ses exemples, comme une grande avancée ; je la vois pour ma part comme un grand danger, non seulement pour la liberté d’expression, mais également pour la lutte contre l’antisémitisme. 

Parmi les Juifs vivant en dehors d’Israël, nombreux sont ceux qui adoptent actuellement une position intermédiaire. D’une part, ils sont conscients des violations des Droits de l'Homme et de l'impasse que constituent la politique de l’État d’Israël , de l’autre, ils ne parviennent pas à renoncer à l'idée d'un  « État refuge » pour les Juifs. L’explication est plus psychologique que rationnelle. C'est lié aux angoisses que les Juifs européens ressentent depuis la Seconde Guerre mondiale et le judéocide nazi, même s'ils sont nés après la fin du conflit. Cela me concerne aussi : mes deux parents sont des rescapés de familles massacrées, je sais que je suis encore aujourd'hui marqué par ce passé tragique comme tous ceux qui portent le poids de ce type d’histoire familiale. Avraham Burg, qui fut un dirigeant politique sioniste de premier plan, a écrit un livre important qui aborde ce sujet « Vaincre Hitler : pour un judaïsme plus humaniste et universaliste » (Fayard, 2008). Dans ce livre, il développe l’idée que les Juifs doivent se soigner des névroses qu’ils traînent à cause du génocide, névroses qui les rendent souvent insensibles au malheur des autres, tant ils vivent eux-mêmes dans un climat psychologique angoissant. C’est un cheminement qui reste encore à parcourir pour beaucoup. 

L’IHRA labellise comme antisémite « le refus du droit à l’autodétermination des Juifs, en affirmant par exemple que l’existence que l’État d’Israël est le fruit d’une entreprise raciste ». Comment répondez-vous à cette assertion ? 

Pour analyser ce type d’affirmation, il faut commencer par relever que les Juifs du monde entier ne forment pas un seul peuple, au sens généralement admis de ce mot : « ensemble d’êtres humains vivant en société, habitant un territoire défini et ayant en commun un certain nombre de coutumes, d’institutions » (Petit Robert, 2010). Il existe cependant aujourd’hui un « peuple juif israélien », qui doit avoir des droits reconnus, quand bien-même il serait considéré comme « le fruit d’un viol ». 

Mais est-ce que le droit légitime à l’autodétermination d’un peuple peut se réaliser aux dépends d’un autre peuple ? Je pense que non. Il existe une solution pacifique et démocratique au conflit israélo-palestinien mais, pour y arriver, il faut en revenir au droit international et à des principes d’égalité entre les peuples et entre les personnes. On peut très bien imaginer un État binational, c’est-à-dire qui reconnaît, protège et traite à égalité les deux peuples qui le constituent. Ou encore deux États nationaux voisins, dont chacun protège ses minorités… Mais pour cela il faut sortir du sionisme, de l’idée que le seul moyen pour les Juifs de vivre en « sécurité » (pas en paix!), c’est de vivre, dans un endroit du monde, entre Juifs, et, à cette fin, s’assurer d’être en ce lieu, plus nombreux que les autres, plus forts, plus armés, soutenus par la plus grande puissance militaire mondiale. Il faut que les Juifs israéliens abandonnent l’idée que, pour assurer leur existence et leur droit à l’autodétermination en tant que peuple juif israélien, ils doivent dominer, discriminer, écraser et au besoin « transférer » les Palestiniens. Cette approche sioniste est illusoire, et il faut la combattre : pour vivre en paix avec les autres, il faut se parler et s’entendre avec eux. La réconciliation est possible, à condition que les Israéliens acceptent de vivre à égalité avec les Palestiniens. Dire cela, ce n’est pas remettre en question l’autodétermination du peuple juif israélien, mais c’est remettre en question sa domination sur le peuple palestinien. C’est donc remettre en cause l’idéologie sioniste.  

Ceux qui défendent le point de vue inverse avancent l’idée que la fin de la domination démographique des Juifs en Israël, par exemple dans le cadre d’un État binational et/ou si le droit au retour des exilés palestiniens se concrétisait, cela conduirait à « jeter les Juifs à la mer » … 

Si le compromis politique se noue sur la création d’un ou deux État(s) démocratique(s), dans le sens où on le conçoit généralement en Europe, c’est-à-dire dans lequel ou lesquels les mêmes droits individuels, civils, politiques et religieux sont reconnus à tous et à toutes les minorités, ça ne devrait pas poser de problème. Regardez aujourd’hui les minorités juives dans le monde : elles vivent bien mieux qu’en Israël ! À commencer par le fait de ne pas devoir faire trois ans (pour les hommes) ou deux ans (pour les femmes) de service militaire, qui plus est dans un contexte hostile. L’intérêt bien compris de tout le monde est de sortir de l’impasse actuelle en Israël-Palestine. Il est faux de prétendre qu’il n’y a pas d’interlocuteur palestinien pour construire ce type de projet d’avenir. 

Tout comme l’UPJB dont vous êtes membre, vous soutenez le mouvement Boycott Désinvestissements Sanctions (BDS). Pouvez-vous expliquer ce dont il s’agit et pourquoi certains assimilent ce mouvement à de l’antisémitisme ? 

Le mouvement BDS a été initié en 2005 par 171 associations de la société civile palestinienne, dans le but de contraindre l’État d’Israël à respecter enfin le droit international. Cette initiative est intervenue après cinquante-sept années de déni, par Israël, du droit au retour des exilés, trente-huit années d’occupation et de colonisation des territoires conquis lors de la « Guerre des six jours ». Après, aussi, le refus d’Israël de démanteler le mur construit dans les territoires occupés, et ce malgré sa condamnation par la Cour internationale de Justice de La Haye en 2004. Ces associations ont appelé les citoyens du monde à boycotter les produits israéliens, les entreprises à désinvestir en Israël, et les États ou organisations internationales à sanctionner l’État d’Israël. Quelles sont les revendications de ce mouvement ? 1. La fin de l’occupation et de la colonisation des territoires occupés par Israël depuis 1967, ainsi que le démantèlement de la « barrière de sécurité » 2. L’accès des citoyens arabo-palestiniens à une égalité de droit absolue avec les citoyens juifs de l’État d’Israël. 3. L’application de la résolution 194 de l’Assemblée générale de l’ONU de décembre 1948 consacrant le droit au retour des exilés palestiniens. 

Le constat qui inspire et justifie le mouvement BDS est que l’ONU et les grandes puissances ne font rien d’efficace pour imposer à Israël le respect du droit international et des droits fondamentaux des Palestiniens. Les organisations qui ont lancé l’appel au BDS en prennent acte, et demandent dès lors aux citoyens démocrates du monde de faire eux-mêmes, pacifiquement, pression sur l’État d’Israël. Celui-ci développe des efforts considérables pour criminaliser le mouvement BDS, l’assimiler d’une façon absurde à de l’antisémitisme, et le faire interdire. C’est un signe qu’il s’agit là d’un moyen de pression relativement efficace. L’UPJB soutient ce mouvement. Tout comme le font, en Europe et dans le monde, beaucoup d’autres organisations juives  engagées pour une paix juste au Proche-Orient. 

Si la définition de l’IHRA ne vous paraît pas pertinente pour lutter contre l’antisémitisme aujourd’hui, quel type d’approche préconisez-vous ? 

L’antisémitisme existe bien en Belgique. Il a connu ces dernières années un regain d’intensité parfois meurtrière. Il y a néanmoins une grande différence, en Belgique, entre l’antisémitisme et l’islamophobie ou la négrophobie : les Juifs sont beaucoup moins victimes de discriminations, sans doute en partie parce que leur judéité est généralement moins apparente. Les préjugés haineux concernant les Juifs existent cependant toujours, et ne doivent pas être minimisés. Mais comment lutter sérieusement contre ceux-ci ? Certainement pas en entretenant la confusion entre « les Juifs » et  « État d’Israël », ou entre  « antisémitisme » et  « antisionisme ». Il faut au contraire veiller à bien distinguer ces choses, ce que ne font ni le Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB), ni la mal nommée « Ligue belge contre l’antisémitisme ». 

Une action juridique répressive peut être pertinente face à des passages à l’acte violents ou des comportements discriminatoires. Je pense toutefois que la lutte contre l’antisémitisme ne peut se passer d’un travail pédagogique de clarification et de déconstruction des préjugés. C’est à cela que contribue l’UPJB, l’association juive dont je suis un membre actif, la seule en Belgique francophone à se dire « non sioniste » (tout en ne se revendiquant pas collectivement « antisioniste », car différentes sensibilités existent sur ce point à l’intérieur de l’association). C’est d’ailleurs pour cela que nous ne sommes pas membre du CCOJB, lequel a statutairement pour objet social, notamment, le « soutien par tous les moyens appropriés à l’État d'Israël, centre spirituel du judaïsme et havre pour les communautés juives menacées ». Il m’arrive d’être confronté à l’expression de préjugés antisémites, que ce soit chez un de mes voisins, chez un de mes élèves lorsque j’étais enseignant, ou dans le mouvement de solidarité pour les droits des Palestiniens. Je ne les laisse jamais passer sans réagir lorsque j’en suis témoin. Ma façon de les combattre, c’est d’entamer, lorsque c’est matériellement possible, un dialogue avec les personnes qui les expriment, dans le but de les déconstruire par une discussion argumentée. Il existe pour ce faire des méthodes éprouvées, pratiquées de longue date en milieu associatif et dans le monde scolaire : il s’agit en substance de confronter les personnes porteuses de préjugés à des réalités qui les démentent. C’est notamment ce que fait l’UPJB, tout comme l’Association belgo-palestinienne. Je pense que nous sommes très bien placés pour le faire, car nous ne pouvons pas être accusés de complicité ou d’indulgence coupable avec des « crimes contre des Musulmans » ou « contre les Arabes », perpétrés par l’État d’Israël. J’ai travaillé les vingt dernières années de ma carrière de professeur d’histoire dans un athénée bruxellois très multiculturel, qui comprenait beaucoup d’élèves de familles arabo-musulmanes. Chaque année, j’abordais dans mes cours le sujet du judéocide nazi. J’ai été parfois été confronté à des réactions du type « pourquoi parle-t-on toujours des Juifs ? », « On en parle trop », etc. J’ai constaté qu’après discussion avec ces élèves, ils acceptent très bien que l’on traite de la Seconde guerre mondiale, de la politique raciste et génocidaire des nazis, à condition d’également laisser une place dans le cours pour aborder les problèmes de racisme auxquels eux-mêmes et leurs parents sont confrontés. Pour être crédible en tant qu’antiraciste, il faut être prêt à s’engager contre toutes les formes de racisme, sans quoi on établit de facto une hiérarchie entre les groupes discriminés, ce qui constitue en soi une forme de racisme.

Une dernière considération sur le combat antiraciste de manière générale. Le monde socialement fracturé d’aujourd’hui favorise la peur de l’Autre et/ou le ressentiment, donc les comportements racistes. D’une part, la peur de perdre leurs privilèges entraîne chez beaucoup de nantis le développement d’un « racisme de classe » fait de condescendance, de mépris et de méfiance envers les démunis et, donc, envers les minorités ethniques et/ou religieuses dont les membres sont souvent socialement défavorisés. D’autre part, l’insécurité matérielle et les sentiments de frustration et d’humiliation ressentis par les victimes des inégalités peuvent non seulement générer en eux de l’agressivité envers les nantis, mais également le développement de comportements racistes envers d’autres groupes socialement défavorisés. Ce que les partis d’extrême droite encouragent, souvent avec succès. Je suis convaincu que pour combattre efficacement le racisme, il est indispensable de lutter contre les inégalités sociales. C’est dire que je ne crois pas à l’efficacité d’un antiracisme de droite. Mais le combat contre les préjugés et les discriminations ne peut être négligé au nom d’une priorité de la lutte contre les inégalités sociales. 

(1) Zomersztajn, N. (2019), Une définition actualisée de l'antisémitisme, in Regards, n° 1037, 1.2.19

(2) Beaucoup sont disponibles sur son blog : http://michel-staszewski.blogspot.com/

dimanche 10 mars 2019

Les sionistes face à l’antisionisme

Article paru dans Points Critiques n° 380, mars-avril 2019, pp. 8-10.

 
Comme dans l’ensemble de la population, il y a des antisémites parmi les antisionistes. Mais c’est loin d’être le cas de la majorité d’entre eux. À commencer par les Palestiniens qui sont quasi tous antisionistes puisqu’ils n’acceptent pas que le pays où ils vivent ou dont ils sont exilés soit devenu l’« État des Juifs », au prix de leur déplacement forcé ou de très fortes discriminations pour ceux qui y sont restés, même pour ceux d’entre eux qui ont obtenu la citoyenneté israélienne[1]. Cela n’en fait pas des ennemis des Juifs.

Les antisionistes sont aujourd’hui ceux qui s’opposent à la perpétuation, au Proche-Orient,  de l’existence d’un État auto-défini comme juif, accueillant pour tous ceux que ses autorités reconnaissent comme tels, aux dépends des populations non juives des territoires sur lesquels il s’est édifié puis élargi. Parmi ces antisionistes, se trouvent de nombreux Juifs, partisans de la « désionisation » d’Israël, c’est-à-dire de sa transformation en un ou deux États démocratiques, traitant de manière égale tous ses habitants.  

De bonne foi

La plupart des sionistes pensent pourtant sincèrement que l’antisionisme n’est qu’une façade derrière laquelle se cachent des antisémites. Comment expliquer cela ?

Qu’ils soient « de gauche » (prêts à des compromis territoriaux avec les Palestiniens) ou « de droite » (refusant tout compromis), les sionistes ont en commun une vision du monde très pessimiste. Ils considèrent que l’antisémitisme ne peut être éradiqué. Il en découle que pour s’en prémunir, il n’est qu’une solution possible : les Juifs doivent « se mettre à l’abri » en vivant séparés des non-juifs, dans un État-forteresse ; ou, au moins, pour ceux d’entre eux qui continuent à vivre en dehors de l’« État juif », un tel État doit exister pour qu’ils puissent y trouver refuge, au cas où…

Certains d’entre eux pensent aussi que seule l’existence d’un État à large majorité juive permet de lutter efficacement contre la disparition progressive de l’identité juive du fait des « mariages mixtes ».

Pour eux, ceux qui remettent en question le caractère sioniste de l’État d’Israël, c’est-à-dire le fait qu’il soit destiné aux Juifs, ce qui implique forcément que ses citoyens non juifs soient minoritaires et discriminés, veulent la « destruction » de cet État. De là à penser qu’ils souhaitent « renvoyer les Juifs à la mer » ou, pire, les exterminer, il n’y a qu’un pas que beaucoup de sionistes franchissent souvent.

Intransigeance et déni

L’existence de cet « État-refuge » est donc, selon eux, une question de vie ou de mort. C‘est cela qui justifie à leurs yeux leur refus d’envisager la moindre mise en pratique du droit au retour des exilés et de leurs descendants, ainsi que les graves discriminations dont sont victimes, depuis la création de l’État d’Israël, ses citoyens non juifs. Et pour que cela soit psychologiquement acceptable pour eux, ils ne veulent pas savoir, nient ou minimisent la réalité de ce que les Palestiniens nomment la « Nakba » (catastrophe), c’est-à-dire le fait que, pour que l’État d’Israël puisse exister en tant qu’ « État juif », les forces armées sionistes ont organisé l’expulsion de la grande majorité des Palestiniens des territoires dont ils ont pris le contrôle en 1948. C’était en effet la seule solution praticable pour rendre la population juive majoritaire sur le territoire qui allait constituer l’État d’Israël[2].     

Les sionistes face aux Juifs antisionistes

Puisque, selon les sionistes, remettre en question le caractère « juif » de l’État d’Israël revient à mettre les Juifs, qu’ils soient israéliens ou non, potentiellement en danger de mort, il est incompréhensible pour eux que des Juifs puissent être antisionistes. C’est pourquoi la plupart d’entre eux considèrent ceux-ci comme  des « malades mentaux animés par la haine d’eux-mêmes » ou des « traîtres qui trahissent leurs frères » et/ou comme des « Juifs en partance », voire de « faux Juifs ». Et ils se persuadent qu’ils sont « ultra-minoritaires ».

Que ces Juifs antisionistes puissent être aussi préoccupés qu’eux par la résurgence de l’antisémitisme mais qu’ils considèrent qu’il y a d’autres moyens de s’en prémunir que de se séparer du reste du monde en s’enfermant dans un État-forteresse au prix du malheur des non-juifs habitants ou originaires du territoire de cet État, cela dépasse leur entendement.   

Des alliés douteux

Il est logique que, depuis ses débuts, des antisémites aient vu le mouvement sioniste d’un bon œil puisque qu’il prônait le « chacun chez soi », qui impliquait le départ des Juifs des pays où ils vivaient vers un territoire qui leur serait propre et où ils pourraient édifier leur État.

Il n’est pas étonnant que les dirigeants de l’État d’Israël, constitué sur une base ethnique, s’entendent avec les dirigeants d’autres États qui partagent le même type d’idéologie ethno-nationaliste, bien que leur bienveillance à l’égard des Juifs soit sujet à caution.

D’autres alliés douteux sont ces millions de chrétiens évangélistes, soutiens inconditionnels de l’État d’Israël, mais dont l’existence annonce, pour eux, le retour du Christ sur terre et le jugement dernier, lors duquel ne seront « sauvées » que les âmes de ceux qui auront adhéré à la foi chrétienne.

Les antisionistes partisans de la transformation d’Israël d’un État juif en un ou deux États binationaux où tous les habitants seraient des citoyens dotés des mêmes droits et pouvant donc vivre en paix les uns avec les autres ne seraient-ils pas, au contraire, les meilleurs alliés des Juifs ?                   
Michel Staszewski

[1] Ils sont actuellement plus de 20 % des citoyens de l’État d’Israël.
[2] Au moment du vote du plan de partage de la Palestine (novembre 1947), les Juifs constituaient moins d’un tiers de la population totale de la Palestine mandataire : ils étaient 608.000, les Arabes 1.237.000. Et sur le territoire attribué par ce plan à l’« État juif » habitaient alors 498.000 Juifs et 407.000 Arabes (A. GRESH et D. VIDAL, Palestine 47. Un partage avorté, Éditions Complexe, 1987, p. 25).

dimanche 3 juillet 2016

Préjugés visant les Juifs


Texte paru dans La Cuisine de Babel, Harissa et gefilte fish (comédie musicale).
Programme et dossier pédagogique, p. 49. 

En Europe, aujourd’hui, les Juifs ne sont plus les principales cibles du racisme. Contrairement à d’autres minorités, ils sont rarement victimes de discriminations mais ils restent les cibles de préjugés tenaces pouvant parfois déboucher sur des actes criminels (meurtres de Toulouse, au Musée juif de Bruxelles, à l’ « Hyper cacher » de Paris, …).  

Voici l’essentiel de ces préjugés. 

Les Juifs seraient fourbes (des menteurs cachant leurs véritables intentions). Ils seraient tous (ou pour la plupart) riches et avides d’argent. Ils seraient puissants, non seulement du fait de leur richesse mais aussi parce qu’ils occuperaient de nombreux postes de pouvoir dans les domaines économique, politique et culturel (particulièrement dans les médias de masse). Leur puissance viendrait aussi (surtout pour certains) du fait qu’ils seraient secrètement organisés au niveau mondial, dans le but de « contrôler le monde ». Variantes : la franc-maçonnerie, dominée par les Juifs, contrôlerait secrètement le monde.

Ils seraient tous inféodés à l’État d’Israël, dont ils auraient tous la nationalité et dont ils approuveraient tous les choix politiques. L’impunité dont bénéficie l’État d’Israël malgré ses innombrables violations du droit international et des résolutions des Nations Unies s’expliquerait par cette domination mondiale des Juifs tous unis pour défendre l’État d’Israël, quoiqu’il fasse.

Cette vision DU juif est « essentialiste » : les Juifs seraient « tous les mêmes ». Constituant une ethnie à part, repliée sur elle-même, ils auraient tous, « de naissance » les mêmes opinions et poursuivraient tous le même but de domination sur le reste de l’humanité. Cette vision  fantasmagorique n’est pas du tout nouvelle. Elle s’est développée dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Elle a été diffusée dans un faux célèbre, « Les Protocoles des sages de Sion » qui se présente comme un plan de conquête du monde établi par les Juifs et les francs-maçons. Ce texte a été rédigé à Paris en 1901 par Mathieu Golovinski, un informateur de l’Okhrana (la police secrète de l’Empire russe), dans le but de convaincre l’empereur de Russie Nicolas II de se méfier des Juifs. Adolf Hitler y fait référence dans son livre Mein Kampf, et s’appuiera sur cette théorie du « complot juif international » pour justifier sa politique de discrimination puis d’extermination des Juifs.

La réalité est toute autre. Les Juifs sont loin de constituer une communauté unie et coulée dans le même moule. On en trouve dans toutes les couches sociales et tous les types de métiers. Leurs opinions politiques sont aussi variables que celles du reste de la population. Ce qui est aussi vrai pour ce qui concerne la question israélo-palestinienne, quoi qu’en disent les défenseurs inconditionnels de la politique gouvernementale israélienne qui voudraient faire croire à l’opinion publique que les Juifs seraient tous unis pour la défense de « leur » État.           
Leurs opinions philosophiques sont également extrêmement variables : si certains sont croyants et pratiquants, d’autres ne participent qu’aux rites considérés comme les plus importants et souvent plus par tradition familiale que par conviction religieuse ; d’autres encore sont agnostiques ou athées. Pour ces incroyants, l’attachement au judaïsme peut s’expliquer par le sentiment de faire partie d’une « communauté de destin ». C’est particulièrement le cas pour celles et ceux qui, en Europe, ont été victimes elles-mêmes des persécutions nazies à l’encontre des Juifs, ainsi que pour les descendants de ces victimes.  

                                                                                                       Michel Staszewski

vendredi 13 février 2015

Combattre l’antisémitisme… oui, mais comment ?

Article paru dans Points Critiques
(mensuel de l’Union des progressistes juifs de Belgique - UPJB)
n° 352, janvier 2015, pp. 18 à 21.
 
 
Dans le monde chrétien, les Juifs ont très longtemps été discriminés et persécutés en tant que membres du prétendu « peuple déicide », collectivement rendus responsables du martyr et de la mort de Jésus Christ. Le Concile Vatican II (1962-1965) récusa enfin officiellement toute responsabilité collective des Juifs dans la mort du Christ et condamna clairement les persécutions antisémites. Depuis lors l’antijudaïsme chrétien est en forte diminution même si la conviction que « ce sont les juifs qui ont tué Jésus » n’a pas complètement disparu. D’autre part, en Europe, du XVe au XVIIIe siècle, la plupart des monarques ne toléraient pas que certains de leurs sujets pratiquent une autre religion que la leur. Ce qui ne visait pas que les Juifs. La « Guerre de Trente ans » (1618-1648) par exemple, vit s’entretuer en très grand nombre catholiques et protestants.  

Les libertés des cultes et d’opinion ont progressivement triomphé en Europe entre la fin du XVIIIe et la fin du XIXe siècle. Ce qui a mis fin aux persécutions religieuses. Mais pas au racisme « biologique » qui classait et hiérarchisait les populations humaines selon leur apparence physique. Cette forme de racisme, nécessaire pour justifier la domination et l’exploitation de populations extra-européennes par les colons européens, fut tout à fait courante et admise jusqu’à la fin de la période coloniale. Cette banalisation du racisme biologique a indéniablement favorisé la popularité de l’antisémitisme nazi.    

Aujourd’hui en Europe toute forme de racisme est officiellement hors-la-loi. Les préjugés racistes subsistent, mais ils sont plus d’ordre culturel que biologique. Quoique les glissements de l’un à l’autre ne soient pas rares.

L’antisémitisme d’ici et de maintenant

Si, en Europe, les Juifs ne sont plus les principales cibles du racisme, ils restent victimes de préjugés tenaces. Voici ceux dont je peux témoigner (entre autres en tant qu’enseignant dans le secondaire) :

·        Les Juifs seraient fourbes (des menteurs cachant leurs véritables intentions).
·        Ils seraient tous (ou pour la plupart) riches.
·        Ils seraient puissants, non seulement du fait de leur richesse mais aussi parce qu’ils occuperaient de nombreux postes de pouvoir dans les domaines économique, politique et culturel (particulièrement dans les médias de masse) et qu’ils seraient solidaires les uns des autres.
·        Ils seraient tous inféodés à l’Etat d’Israël, dont ils auraient tous la nationalité.
·        L’État d’Israël dicterait sa politique aux États-Unis d’Amérique et, par ce moyen, dominerait le monde. Variante : la franc-maçonnerie, dominée par les Juifs, contrôlerait secrètement le monde. 

Ces convictions et leur expression peuvent déboucher sur de la violence, parfois extrême, comme cela a encore récemment été le cas en France et en Belgique.  

Cependant, malgré l’existence persistante de ces préjugés, contrairement au sort qui fut celui de la majorité des Juifs de Belgique avant la Deuxième Guerre mondiale, et contrairement à d’autres minorités (d’origines subsaharienne, maghrébine, rom,…), les Juifs de chez nous ne sont plus qu’exceptionnellement victimes de discriminations (à l’emploi, au logement, à l’accès à certains clubs privés, …). Ceci s’explique sûrement en grande partie par le fait qu’ils sont devenus, dans leur majorité, moins repérables. Ils le sont moins car, étant majoritairement peu ou pas pratiquants, leur judaïsme est nettement moins apparent (pour les hommes, pas de port de kippa ou d’autres attributs religieux) ; et parce que, sauf exception, ils ne sont plus concentrés dans certains quartiers et certaines professions. Il n’en reste pas moins que je doute qu’il soit complètement sans risque aujourd’hui pour un juif porteur d’attributs le rendant reconnaissable en tant que tel, de parcourir certains rues de certains quartiers populaires de nos grandes villes. Cela n’est pas admissible.

Racisme et inégalité sociales

Le monde socialement fracturé d’aujourd’hui favorise la peur de l’Autre et/ou le ressentiment, donc les comportements racistes. D’une part, la peur des nantis de perdre leurs privilèges entraîne chez beaucoup d’entre eux le développement d’un « racisme de classe » fait de condescendance, de mépris et de méfiance envers les démunis et donc envers les minorités ethniques et/ou religieuses dont les membres sont majoritairement socialement défavorisés. D’autre part, l’insécurité matérielle et les sentiments de frustration et d’humiliation ressentis par les victimes des inégalités peuvent non seulement générer en eux de l’agressivité envers les nantis mais également le développement de comportements racistes envers d’autres groupes socialement défavorisés. Ce que les partis d’extrême droite encouragent, souvent avec succès.  

Je suis convaincu que pour combattre efficacement le racisme, il est indispensable de lutter contre les inégalités sociales. C’est dire que je ne crois pas à l’efficacité d’un antiracisme de droite. Mais le combat contre les préjugés et les discriminations ne peut être négligé au nom d’une priorité de la lutte contre les inégalités sociales. Il ne peut attendre une hypothétique fin des inégalités sociales car le racisme continue à générer non seulement de graves discriminations mais également son lot de morts, parfois innombrables.    

Racisme : tolérance zéro ?

Personne n’est raciste par nature. On ne naît pas raciste mais on peut le devenir. Ce mal nous menace tous, du simple fait que, depuis notre plus jeune âge, nous avons tous tendance à nous méfier de ce (ceux) que nous ne connaissons pas ou mal. Le fait de vouloir se tenir à distance de ceux qui nous paraissent trop différents de nous est un réflexe naturel de défense. Mais nous ne devenons racistes qu’à partir du moment où, du fait de nos peurs et de notre méconnaissance, nous nous mettons, à considérer des catégories humaines entières comme inférieures, malfaisantes ou les deux à la fois.  

Les propos ou les actes racistes s’appuient sur les convictions intimes de leurs auteurs. C’est pourquoi le combat antiraciste doit avant tout être pédagogique : il faut s’attaquer aux préjugés racistes plutôt que stigmatiser les personnes qui en sont porteuses en les considérant d’emblée comme des délinquants. Pour ce faire des méthodes éprouvées existent, pratiquées de longue date en milieu scolaire et dans le monde associatif ; il s’agit en substance de confronter les personnes porteuses de préjugés à des réalités qui les démentent. 

Cela signifie-t-il qu’il faille renoncer à toute action répressive ? Certainement pas lorsqu’on a affaire à des passages à l’acte violents ou à des comportements discriminatoires. La loi belge du 30 Juillet 1981 tendant à réprimer certains actes inspirés par le racisme ou la xénophobie (modifiée en 2007) constitue une base juridique solide pour combattre de tels agissements.

Mais cette loi n’empêche pas que des institutions officielles prennent certaines mesures discriminatoires. Je pense tout particulièrement aux règlements qui interdisent dans l’exercice de certaines fonctions professionnelles ou, pour les élèves, dans les écoles, le port de vêtements marquant une appartenance religieuse. Le combat contre les discriminations ne vise donc pas seulement des individus mais aussi des institutions privées ou publiques et parfois des lois.

Combat antiraciste et liberté d’expression

L’usage de la liberté d’expression ne devrait être sanctionné que dans les deux cas suivants : la diffamation et l’incitation à la haine raciale. L’interdiction de toute censure préalable, un des fondements de nos libertés démocratiques, ne devrait souffrir d’aucune exception.[1]         
Malheureusement, ces derniers temps ce principe a été bafoué plus d’une fois par les autorités françaises et belges. Exemples : les interdictions préalables ayant frappé les spectacles de Dieudonné ainsi que celle du « congrès européen de la dissidence » organisé à Bruxelles par l’ex député Laurent Louis au printemps 2014. Ces mesures sont non seulement liberticides mais aussi absolument contreproductives : elles permettent à ceux qui en sont les cibles d’apparaître comme des martyrs de la liberté d’expression. Et comme elles visent quasi uniquement des manifestations supposées ou réelles d’antisémitisme, elles contribuent à nourrir le préjugé selon lequel les « puissants Juifs » contrôleraient les pouvoirs politique et judiciaire.

Il en est de même pour la lutte contre le négationnisme.[2] En Belgique, le seul génocide qui fait l’objet d’une loi est le judéocide. Cette loi permet de condamner en justice quiconque « nie, minimise grossièrement, cherche à justifier ou approuve le génocide commis par le régime national-socialiste allemand pendant la deuxième guerre mondiale ». Elle donne de fait le pouvoir aux juges de décider où cesse le caractère scientifique de la recherche et le souci de l’objectivité de l’information. Je trouve cela inadmissible car la justice n’a pas pour mission de définir la vérité historique et de limiter ainsi la liberté de recherche des historiens. Et le fait qu’en Belgique une telle loi n’existe que pour ce génocide-là contribue également à renforcer le préjugé antisémite selon lequel les Juifs bénéficieraient d’une protection particulière liée à leur prétendue toute puissance. La judiciarisation de la négation du judéocide permet de plus aux négationnistes condamnés d’endosser, avec un indéniable succès, une posture de martyr.

Les personnes séduites par les thèses négationnistes sont beaucoup plus nombreuses que celles qui les produisent. S’il est sans doute vain de vouloir faire changer d’avis ceux qui ont fait de la production d’écrits négationnistes leur (ou un de leurs) « fonds de commerce »,  je peux témoigner du fait que les préjugés des nombreuses personnes qui ont à un moment été séduites par ces idées peuvent être combattus efficacement par une action éducative.

Antisémitisme et sionisme

Même si les Juifs européens ont été longtemps et souvent victimes de persécutions et de massacres, leur histoire n’a pas été faite que de cela. Combattre l’antisémitisme suppose de ne pas le considérer comme inéluctable. Comme tous les racismes, l’antisémitisme a une histoire[3]. La nature et l’ampleur de ses manifestations s’expliquent par le contexte dans lequel elles apparaissent et se développent.

Les sionistes ne combattent pas vraiment l’antisémitisme parce qu’ils ne croient pas son éradication possible. Cette conviction fut à la base du projet de création de l’« État des Juifs »[4], un lieu où, selon Théodore Herzl, les Juifs pourraient enfin vivre en paix, entre eux, à l’abri des manifestations de haine et des discriminations. L’argument principal utilisé par les sionistes non religieux pour justifier l’existence d’un État pour les Juifs sur le territoire de la Palestine historique aux dépends de ses habitants non juifs est qu’il constituerait un refuge pour les Juifs victimes de persécutions. C’est au nom des persécutions subies par les Juifs dans le passé, de celles qu’ils subiraient actuellement et de celles qu’ils subiraient inéluctablement dans l’avenir que sont justifiées les discriminations dont sont victimes les Palestiniens. Ainsi, par exemple, pour l’écrivain israélien Avraham Yehoshua, généralement considéré comme un « sioniste de gauche », « La tragédie qui a caractérisé l’histoire juive dans sa longue durée (…) a donné au peuple juif (ainsi qu’aux peuples sans terre) le droit moral de s’emparer de n’importe quelle partie de n’importe quel pays du globe terrestre, au besoin par la force, en vue d’y créer un État souverain ».[5]

Les dirigeants israéliens et le mouvement sioniste n’ont aucun intérêt à la disparition de l’antisémitisme car ils ont besoin de lui pour justifier les graves discriminations imposées aux Palestiniens, nécessaires au maintien du « caractère juif » de l’État d’Israël. Pour la même raison, ils ont par contre vocation à le dénoncer sans relâche, quitte à exagérer l’importance de ses manifestations. Ces affirmations sont évidemment inadmissibles pour ceux qu’elle vise. Je pense d’ailleurs que beaucoup d’adeptes du sionisme ne sont pas conscients de cette instrumentalisation de l’antisémitisme.

Antisémitisme et antisionisme

Les antisionistes remettent en question l’existence de l’État d’Israël en tant qu’ « État juif ». Certains d’entre eux sont aussi antisémites. Mais les nombreux antisionistes (dont je suis) qui le font au nom du droit démocratique de tous les habitants de la Palestine-Israël à être traités sur pied d’égalité, ne le sont pas. Pourtant, pour ceux qui sont persuadés que le seul moyen de se préserver de l’antisémitisme est d’être assuré de pouvoir se réfugier, si nécessaire, dans un « État-forteresse » réservé aux Juifs, ceux qui revendiquent l’égalité des droits civils et politiques pour tous les habitants vivant en Israël, autrement dit la transformation d’Israël d’un « État juif » en un « État de tous ses citoyens », sont des antisémites car ils refuseraient aux Juifs le droit de se protéger de l’antisémitisme. On peut donc comprendre que nombre de sionistes considèrent sincèrement que l’antisionisme de ces démocrates cache en fait leur haine des Juifs et, pour ceux qui sont juifs eux-mêmes, la « haine de soi ».  

Pour combattre efficacement l’antisémitisme, il est nécessaire d’établir une distinction claire entre judaïsme et sionisme ainsi qu’entre antisémitisme et antisionisme. Car la confusion entre ces notions renforce des préjugés concernant les Juifs. D’abord ceux selon lesquels tous les Juifs auraient la nationalité israélienne et soutiendraient les choix politiques des gouvernements israéliens. Ensuite celui selon lequel les Juifs seraient puissants et secrètement organisés au point d’imposer leur volonté aux grands de ce monde. Il s’explique par l’impunité dont jouit depuis si longtemps l’« État des Juifs ». S’appuyant sur le sentiment de culpabilité des Européens vis-à-vis du judéocide que l’Europe n’a pas empêché et, plus récemment, sur la peur de l’« islamisme » régnant sur notre continent, le mouvement sioniste a en effet réussi à imposer l’idée dans l’opinion publique occidentale de la légitimité de l’existence de l’État d’Israël en tant qu’État juif, malgré les discriminations qui en découlent pour les habitants non juifs de la Palestine-Israël. Il en découle que, depuis sa création, Israël a bénéficié d’une coupable indulgence de la part des dirigeants occidentaux vis-à-vis de ses innombrables violations, essentiellement aux dépends des Palestiniens, des décisions de l’O.N.U. et du droit international. C’est ce qui fait que, pour ceux qui sont perméables à la théorie raciste du « complot juif international » le monde occidental peut apparaître « soumis aux Juifs ».

Le rôle de l’UPJB

Le combat contre les préjugés racistes ainsi que les discriminations et les persécutions qui en découlent  trouve sa légitimité – et donc sa crédibilité - dans le fait qu’il est mené au nom d’un principe de base de la démocratie : l’égalité des droits de tous les citoyens. Ceux qui prétendent combattre les préjugés et discriminations dont seraient victimes la communauté à laquelle ils appartiennent tout en véhiculant eux-mêmes des préjugés négatifs et/ou en justifiant des discriminations à l’égard d’autres communautés, se discréditent et perdent toute légitimité.

Ceci dit, je pense comme Henri Goldman que l’antiracisme doit « marcher sur deux jambes »[7] : à côté d’associations antiracistes « généralistes », il est utile qu’en existent d’autres issues de groupes victimes de racisme ayant pour préoccupation que la parole et les revendications spécifiques de leur communauté soient entendues.  

En tant qu’association juive résolument ancrée à gauche et non sioniste, l’UPJB[6] est, en Belgique, la seule organisation juive francophone capable d’une action efficace contre les préjugés antisémites car, refusant toute allégeance à l’État d’Israël, son opposition aux discriminations ne souffre d’aucune exception. Son rôle est donc essentiel pour lutter contre les préjugés qui découlent de la confusion entre judaïsme et sionisme ainsi qu’entre antisémitisme et antisionisme, une mission essentiellement pédagogique.    
                                                                    
                                                                               
Michel Staszewski  (novembre 2014)


[1] J’ai développé ce point de vue dans « De la liberté d’expression et de ses usages », in Points Critiques n° 313, février 2011, pp. 20 à 23. A lire aussi sur ce blog : http://michel-staszewski.blogspot.be/2011/07/de-la-liberte-dexpression-et-de-ses.html
[2] Cf. STASZEWSKI, M. « Combattre le négationnisme… oui, mais comment ? » in MRAX info n° 178, mai-juin 2007, pp. 8 à 11. A lire aussi sur ce blog : http://michel-staszewski.blogspot.be/2011/07/combattre-le-negationnisme-oui-mais.html
[3] Cf. POLIAKOV, L., Histoire de l’antisémitisme, Calman-Lévy, Points-Histoire, 1981 (2 volumes).
[4]  Titre du célèbre essai du journaliste hongrois Théodore Herzl (1860-1904), paru en 1896, qui constitue la « bible » du sionisme politique.
[5] YEHOSHUA, A.B., Israël, un examen moral, Calman-Lévy, 2004, p. 93.
[6] Union des Progressistes Juifs de Belgique (http://www.upjb.be/).
[7] GOLDMAN, H., « Neuf thèses pour un antiracisme de convergence », in Les défis du pluriel. Égalité, diversité, laïcité, Couleur Livres, 2014, pp. 147-156.

mercredi 2 juillet 2014

Un livre : LES DEFIS DU PLURIEL. Egalité, diversité, laïcité

Présentation

 Comment peut-on être belge ? De bien des façons différentes, assurément. Ce pays vit la pluralité depuis sa naissance. Mais après trente ans de déprime économique et de croissance des inégalités, la pluralité se vit moins bien. Les procès d’intention se multiplient et les imaginations s’enflamment. Sous des formes dures ou plus “voilées”, la xénophobie envahit l’espace public, les médias et les réseaux sociaux.
Le groupe de réflexion Tayush s’est précisément donné pour objectif de dégonfler les imaginaires et de faire entendre la voix des éternels accusés. Pour Tayush, les “valeurs” dont une société se prévaut ne sont pas à géométrie variable. C’est le point de vue que défendent les quatorze textes réunis ici. Chacun adoptant un angle spécifique, de l’école au travail, en passant par l’antiracisme, le féminisme ou la laïcité, tous essayent de démystifier les fantasmes et de rappeler les exigences de la démocratie.

Créé en 2010 à l’initiative de femmes et d’hommes issu-e-s de diverses origines, Tayush est un groupe de réflexion œuvrant pour un pluralisme actif. Il porte le projet d’une société inclusive qui reconnaît l’apport des différences culturelles, accepte et valorise leur inscription dans l’espace public et travaille à leur intégration réciproque ; la finalité de ce projet étant l’égalité sociale et l’accès de tous et toutes à la citoyenneté. 

Edition Couleur livres / Collection Société et citoyenneté
ISBN 978-2-87003-647-1 / juin 2014
176 pages / format 15*22 cm / 18 euros

 TABLE DES MATIÈRES

Introduction : Tayush ou le vivre ensemble  - Nadine Plateau
(cette introduction peut être lue en ligne via un onglet situé sur cette page du site de Tayush :  http://www.tayush.com/#!les-défis-du-pluriel )

La question raciale est une question sociale : le cas de l'enseignement en Communauté française - Azzedine Hajji et Renaud David Maes 

L'École publique, tisseuse de liens sociaux ? - Michel Staszewski 

Pour une vision empirique du combat des femmes. L'expérience locale du collectif TETE (Toutes Egales au Travail et à l'École) - Farida Tahar 

L'égalité hommes/femmes est-elle soluble dans la diversité ? - Irène Kaufer 

Les inégalités dans l'emploi et l’origine des travailleurs et travailleuses : ce que les statistiques peuvent révéler -  Albert Martens 

La STIB à l'épreuve du fait religieux - Younous Lamghari 

Entre démographie menaçante et démocratie hésitante : Diversité à Bruxelles, émancipation différée ? - Gratia Pungu 

L'émergence de minorités actives, une inclusion sociale par le bas ? - Khaddija Haourigui 

Le racisme, une question politique - Ouardia Derriche 

La laïcité contre elle-même - Marc Jacquemain 

Foi et sécularisation - Paul Löwenthal 

Le droit, allié ou adversaire de la liberté ? - Xavier Delgrange et Hélène Lerouxel 

Neuf thèses pour un antiracisme de convergence - Henri Goldman 

Penser les différences - Nicole Dewandre